La 2ème Division Polonaise de chasseur à pied

Cet article a été rédigé par Cédric GAULARD

     
 

 Le 4ème régiment de chasseur à pied de Varsovie :

            Les débuts de l’organisation du régiment remontent à la fin de septembre 1939, au camp de Coëtquidan en Bretagne. Le lieutenant-colonel Ciekowski est désigné premier commandant du régiment.
            A Coëtquidan, se constituent les premiers embryons des bataillons où sont incorporés les soldats des premiers contingents. La majorité des officiers, destinés aux régiments suivent, des cours de formation au camp de Loudéac.
            Début novembre, le régiment est détaché de la 1er Division d’infanterie et transféré à Plélan-le-Grand, ou il doit être affecté à la 2ème Division de chasseur à pied. Les cadres continuent à être peu nombreux et les compagnies sont provisoires.
            Les soldats sont cantonnés de façon minable, le plus souvent dans des granges et des greniers aux toits percés, et, de plus, la population ne leur est pas favorable.
            Quant aux uniformes, aux couleurs bariolées, ils font tout simplement pitié. Les français offrent, à l’armée Polonaise, en train de se constituer, leurs anciennes réserves, datant de la 1ère guerre mondiale, avec prédominance des couleurs grises et bleue.
            Malgré le froid de l’hiver, les pantalons sont en treillis. Celui qui a un manteau n’a pas de couvertures et inversement. De plus, les soldats doivent porter leurs propres sous-vêtements. En ce qui concerne les armes, les compagnies possèdent au plus une quinzaine de carabines et celle-ci le plus souvent sans bretelles.
            C’est ainsi que se présentait la situation pour le 4ème régiment de chasseur à pied mais aussi pour toutes les unités Polonaise qui se formaient aux cotés des alliés.
            Le 18 décembre, le régiment est transféré dans la région d’Airvault, dans le département des Deux-Sèvre, ou doit être formée la 2ème DCP. Le cantonnement et l’approvisionnement sont toujours au même niveau, et pourtant les détachements commencent à s’agrandir et les cadres à affluer.
Au cours des mois de janvier et février, le régiment se voit doter de suppléments humains, et l’école de sous-officiers reçoit des armes légères et lourdes. Le lieutenant-colonel Gembal est nommé chef de corps du régiment.
            A la mi-mars, la formation des sous-officiers de la division est terminée et tous les régiments reçoivent un puissant renfort en cadres. Au cours de cette période, le régiment reçoit des armes et des équipements ainsi que les premiers véhicules d’une tonne et demi.
            Le régiment, au moment où il a atteint sa capacité opérationnel, se compose de 104 officiers, 413 sous-officiers, et de 2 407 soldats. La formation du régiment prend de l’allure, mais elle est pratiquement interrompue inattendu de l’état d’alerte et de transport. Les 19 et 20 mai, le régiment est transporté dans la région de Bulligny, dans le département des Vosges, où après une courte pose, il se met en marche jusqu'à Colombey-les-Belles, près de Nancy. Là, il stationne pendant plusieurs semaines et profite de cette halte pour parfaire sa formation.
            Le 11 juin 1940, le régiment est transporté en train à partir de la gare de Barizey-la-cote avec toute la 2ème Division, ils sont transférés près de Belfort qu’ils doivent défendre.  Mais les ordres consécutifs déplacent le régiment vers le sud. Par des marches nocturnes et pénibles, du 15 au 17 juin, par Héricourt et Pont de Roide.

Le 17 juin 1940 :

            Les détachements divisionnaires ont atteint les régions désignées au matin de ce jour. Le commandement de la division n’a pas pu s’établir à Pont de Roide, car la localité était bloquée par des civils en fuite et des formations militaires qui reculaient. Face à une telle situation, le commandant de la Division, après avoir obtenu l’accord du commandant du 45ème Corps d’Armée, s’est installé à avec son état-major à Villars-sous-Dampjoux. A 8 heures le générale Daille est arrivé au commandement divisionnaire, en confirmant la nouvelle que le Doubs à été franchit par l’ennemi à Besançon. Les forces ennemies sont évaluées à au moins une grande unité blindée. La situation, qui vient de se créer, met un point d’interrogation sur la possibilité de la marche vers le sud et rend cette tâche quasiment impossible. Le commandant du Corps d’Armée considérait qu’il «faut changer la direction de la marche et se défendre de l’ouest, chercher les possibilités de passer plus au sud.» Suite à cette décision, il donna l’ordre opérationnel du Corps d’Armée portant le N°6, du 17 juin 1940, de 6 heurs 45, réglant le regroupement du Corps pour Pontarlier. Pour la première fois, l’ordre contient une note sur l’ennemi. Dans cet ordre il est dit : La 67ème Division d’infanterie française, exploitant la vallée de la rivière Audeux en tant que masquage du côté ouest, devait passer dans la région d’Orsans, Bremondans, Pierrefontaine les Varans et Lanans , prendre contact avec le général Huet à Avoudrey, fermer le corridor entre les rivières Audeux et Reverotte, menant d’Avoudrey vers Pierrefontaine les Varans.
           La 2ème DCP devait continuer sa marche, par la colonne ouest, en direction de Belleherbe, comme contre, la colonne principale devait se diriger sur Maîche passant par St-Hippolyte. Le poste de stationnement du commandant divisionnaire devait se trouver à belleherbe.
            Le commandement accordait une attention particulière à la fermeture de la direction sur Orchamps-Vennes, car par-là passe la route nationale Besançon-Maîche, avec une bifurcation sur les fins. Ces deux routes menaient directement vers l’objectif de marche du 45ème CA et, par la force des choses, elles pouvaient devenir le principal champ d’activité de l’ennemi à partir de Besançon. Face à ces craintes, le commandement ordonna d’envoyer, en supplément, une compagnie portée (sur véhicule) équipé de canon anti-char au carrefour de Fuans.
            Le général Daille a souligné, qu’il tient à placer, au plus vite des hommes sur les voies routière de Belleherbe et de Maîche et de passer le Dessoubre à Pont-Neuf. De plus il autorise la 2ème DCP à réquisitionner tous les véhicules et le carburant nécessaire à l’exécution de sa mission

            A 9 heures 30, le commandant de la Division se rendit à Pont de Roide, avec les ordres suivant :

  • Diriger, en voiture, la 6ème compagnie du 4ème régiment d’infanterie dans la région de Consolation, afin de la placer au croisement des routes de la Roche-du-Prêtre.
  • Transporter, en véhicule, le 1er bataillon du 4ème régiment d’infanterie ainsi qu’une batterie de 75 mm qui atteindra Maîche par la marche, afin de défendre cette localité.
  • Déplacer une compagnie du 4ème régiment d’infanterie vers Charquemont, les véhicules seront fournis par la Division.
  • Le reste de la colonne se déplacera à pied, la nuit, par St-Hippolyte jusqu’à Maîche. Le début de la marche est prévu à 20 heures.
  • Un bataillon du 6ème régiment d’infanterie stationner St Maurice doit être transporté en véhicule avec une batterie de 75 mm sur Belleherbe avec mission de sécuriser les passages du Dessoubre à Pont-Neuf.
  • Marche nocturne du restant du 6ème régiment d’infanterie par Villars-sous-Ecot, Vermondans, Pont de Roide et St Hippolyte. Le début de la marche est prévu pour 20 heures.

Comme on le voit, il y a des divergences entre les ordres du Corps d’Armée et les ordres de la division, le général Prugar prenait en compte la possibilité de devoir lutter dès le lendemain, c’est pourquoi il voulait regrouper sa division de manière élastique, pour pouvoir, le 18 juin, compte tenu de la situation effectuer les manœuvres suivantes :

  • déployer la division pour le combat en direction du sud
  • entrer dans le combat de front sur l’ouest
  • continuer la marche vers Pontarlier

En cette journée du 17 juin 1940, des rumeurs ont commencé à courir sur l’armistice suite au communiqué de la radio française. Cette nouvelle a été déprimante pour les détachements français, déjà, tant soit peu, démoralisé. Abandonnant leurs armes, déchargeant des camions de matériel, les français ne laissaient que la nourriture et … le vin. Des foules de soldats, sans armes et sans ceintures, déferlent dans les rues des hameaux et des villages en manifestant une joie, pour nous incompréhensible. A partir de ce moment, leur attitude envers nous, tout comme celle de la population civile, est devenue quasiment hostile. Comme exemple, nous pouvons citer un fait caractéristique qui s’est produit à St Maurice. A la nouvelle que les chars allemands approchaient, le groupe anti-char du 6ème régiment d’infanterie, bloquant le passage sur le Doubs s’apprêtait à la défense.
A un certain moment, un groupe de soldat français du 116ème Régiment d’artillerie lourde est arrivée vers nous, en nous disant de quitter nos postes, déclarant que si jamais nous osions effectuer un seul tir sur les Allemands – ils allaient nous tuer. Voyant que nos soldats ne réagissaient pas, ils ont seulement lancé contre eux des pierres et sont partis.

 

Le 18 juin 1940 : les combats de Maîche
1/4ème R.I. (2ème DCP)-7ème R.S.A.

A 2 heures 30, le commandant de la Division arrive à Maîche avec son état-major, ou il est immédiatement reçu par le général Daille qui lui présente la situation : « Trois colonnes blindées et motorisées allemandes ont passées Besançon le 17 juin. L’une d’elle a été attaquée alors qu’elle marchait sur Maîche par Bouclans. Une autre est entrée dans Pontarlier, puis progresse en direction de Morteau et Maîche. Il faut s’attendre que l’ennemi apparaisse, sur cette direction, dans les heures les plus proches. La troisième colonne a atteint au cours de la nuit, Montbéliard, d’où elle peut se diriger sur Belfort ou bien en direction de du sud, par Pont-de-Roide ou St Hippolyte. »
C’est pourquoi la 2ème DCP reçoit pour mission de se porter sur le Clos-du-Doubs et d’y organiser la défense en formant des point d’appui à Charmauvillers, Damprichard, Maîche, Thiébouhans, Trévillers, St Hippolyte, Soulce, Vaufrey ainsi que toute dans le secteur menant vers la Suisse.  
La 67ème DI se dirigera vers le sud du Dessoubre et installera une ligne de défense de Consolation à Maîche. Si jamais la ligne du Dessoubre venait à être franchit par l’ennemi, la lutte continuerait sur les monts du Clos du Doubs.
Trévillers sera le poste de commandement de la 2ème DCP et du Corps d’Armée. Les axes éventuels de retraite sont : au sud les Fins et Villers le Lac, au nord Maîche et Damprichard. Les mouvements seront effectués de préférence la nuit du 18 au 19 juin.
Ici, on peut se poser la question : quelle était la force d’une défense organisée de la sorte ? Quel genre d’attaque pouvait-elle repousser ? Il faut souligner avant tout, que ce n’était pas une défense continue ; c'est-à-dire qu’elle ne constituait pas un front compact. Elle se composait d’une multitude de réseaux de résistance, liées aux localités et non pas entre eux. Les centre de résistance fermaient efficacement toutes les routes et passages en Suisse par le Clos du Doubs, d’autant plus qu’à part ces routes, le terrain était extrèmement difficile pour la mobilité des unités blindées et motorisées. Dans de telles conditions, la défense était assez forte pour retenir la première attaque des détachements blindés et motorisés ennemi.
Le 1er bataillon du 4ème régiment d’infanterie reçoit le renfort de deux escadrons du 7ème Régiment de Spahis Algérien, qui se trouvait en avant poste dans le secteur de Maîche et d’une partie de l’artillerie du Corps d’Armée devant se positionner à Trévillers.
Les préparatifs de défense rencontrent, dans certaines localités, de la malveillance de la part de la population civile, qui considèrent que la guerre est terminé et qui en veut aux soldats Polonais de continuer la lutte. Par exemple le maire de Maîche à exigé que les troupes Polonaise quitte la commune, la déclarant ville ouverte. De plus, les routes et les localités sont quasiment bloquées par des détachements français en retraite ; c’est pourquoi la division a du mal à passer et à occuper ses postes. Forte heureusement l’aviation allemande démontre aucune activité, à part de la reconnaissance. Immédiatement les positions atteintes, sans égard à la fatigue, les détachements se sont mis à organiser la défense en construisant des buttes de tir et des obstacles antichars.
Au cours de la journée, l’ennemi est passé à l’attaque dans le secteur de Maîche, mais sans résultat. Dans les autres secteurs tout est calme. Les patrouilles, envoyées à une distance de 3 à 5 km, n’ont pas rencontré l’ennemi. Les combats de Maîche se présentent de la manière suivante : à 13 heures 30 quelques véhicules blindés arrivent de Frambouhans, sur les postes avancés du 7ème RSA se trouvant au sud-ouest de la ville. Les spahis les laissent s’approcher et engagent un bref combat, ils détruisent un char, deux véhicules blindés et capturent 5 Allemands.
Après cette action, à 14 heures, commencent de faibles attaques à l’ouest de Maîche (1er compagnie) et au sud-est (2ème compagnie). Les charges sont lentes et prudentes. C’est à partir de 16 heures, que l’artillerie allemande entre en action. Vers 17 heures, les Allemands repoussent les Spahis situés au avant poste de la ville et s’emparent des monts, se trouvant au nord de Frambouhans, qui leur fournissent un excellent observatoire sur les positions tenues par les Polonais. Ils installent sur ces monts leur base de tir. Avec de longs et puissants assauts, ils attaquent les postes du bataillon ainsi que la route Maîche et Damprichard, provoquant ainsi des difficultés de communication avec les arrières.
Les Allemands se frayent un passage à l’aide de l’artillerie, des mitrailleuses lourdes et d’autres armes. Les tirs sont  soutenus et atteignent de plus en plus souvent leur but. Mais le bataillon tient bien. Il est efficacement soutenu par le 1er bataillon du 2ème régiment d’artillerie légère, dont une batterie anti-char est placée à la sortie de Maîche. Ils luttent de face et deux autres batteries tirent sans interruption de leurs postes se trouvant au nord-ouest de Cernay. Le reste de l’artillerie, se trouve, hélas, trop loin, pour soutenir efficacement le bataillon.
Vers 19 heures, l’attaque devient encore plus forte. Sous la couverture de feu ininterrompu, entre 20 heures et 21 heures, les Allemands s’approchent à une distance d’assaut et tentent de s’introduire dans le village par l’ouest et le sud (à la jonction du 1er et 2ème compagnie). Dans certains endroits, les combats ont lieu à une distance d’à peine 100 mètres. L’ennemi ne résiste pas au feu nourri des défenseurs et l’attaque est brisée vers 21 heures. Il n’y a que l’artillerie allemande qui continue à se déchaîner en lançant des obus incendiaires à travers tout le village, provoquant de nombreux incendies. Cet état de chose dure encore après le repli du bataillon, ce qui prouve que l’ennemi a subit de lourdes pertes. Les allemands n’occuperont le village que le lendemain matin.
Le repli du bataillon s’effectue vers 22 heures, sur ordre du commandant de la 2ème DCP. Les postes avancés de Maîche et St Hippolyte, doivent être évacué. Sans être harcelé par l’ennemi, le bataillon se replie en ordre, par la route de Damprichard, vers le reste du régiment se trouvant dans la région de Fessevillers. Il faut souligner, dans cet engagement, la très grande combativité des Spahis. L’ennemi avait une supériorité non pas en force humaine mais  en matériel et en artillerie, dont les détachements allemands motorisés étaient très bien équipés. Selon toute vraisemblance et d’après les dires d’un officier du 6ème bataillon du 4ème régiment d’infanterie, qui occupait le croisement de la Roche du Prêtre, il s’agirait de la colonne allemande venant de Besançon en passant par Orchamps Vennes qui a foncée sur Maîche. On peut admettre, qu’il s’agisse d’une avant-garde d’un groupe de reconnaissance blindé renforcé au fur et à mesure des combats.   

            A partir du moment ou la division polonaise s’est retrouvée détachée au 45 CA, elle n’avait plus aucune liaison avec le QG de sont commandement en chef. Le général Sikorski ne recevait plus aucune instruction de son état-major. Le général Prugar qui ne connaissait pas ses intentions concernant les intérêts de la Pologne, devait agir à l’aveuglette.
            La situation politique générale, les pourparlers sur l’armistice, l’offre par Churchill, à la France, d’une citoyenneté commune et les appels à continuer la résistance, le commandant divisionnaire connaissait tout cela des communiqués de la radio française. Il était tout à fait clair que la France, ayant perdu son pari, cherchait, non pas à sortir de cette situation avec honneur, mais par la meilleur solution. L’Armée Française en tant qu’instrument de lutte a cessé d’exister. Dans cette situation, le général Sikorski lance par radio l’ordre à tous les détachements polonais de se frayer le chemin vers le sud de la France ou vers la Suisse. Hélas, les stations d’écoute de la 2ème DCP n’ont pas reçu cet appel, et la décision, quand au destin de 13 000 hommes, repose sur les épaules d’un seul homme, le général Prugar. Celui-ci doit choisir entre gagner le sud de la France ou passer en Suisse. La première possibilité se présente de la manière suivante :
            La division se trouve en contact direct avec l’ennemi et, après un repli éventuel, les arrières gardes devront lutter sans répit. La seule voie, pour gagner le sud par Pontarlier est coupée. Sans moyen de reconnaissance il est impossible d’évaluer la quantité de forces allemandes et de connaître leur degré de pénétration. Si la division tente de gagner le sud, elle se trouvera forcée de mener un combat sur deux fronts. Le général fait néanmoins une analyse détaillée des forces ennemies et des siennes, mais il tient malgré tout à connaître l’opinion de ses commandants de détachement. Il les réunis à 17 heures,. A l’unanimité les officiers ne sont pas d’accord pour gagner le sud de la France. L’argument majeur est le suivant : quelle sera la situation politique et militaire de la France après l’armistice, et qui sera sans aucun doute contraire aux intérêts Polonais. Et puis les détachements sont épuisés physiquement par toutes les marches effectuées dans des conditions difficiles. Il faudrait leur garantir un repos complet de 24 heures avant d’entamer une nouvelle marche, mais ceci est impossible. Les munitions ne suffiront que pour deux jours et il n’y a aucune chance pour en avoir de nouvelle. Les rations alimentaires s’épuisent et il n’y a plus de réserve.   Voici dans quel état se trouve la 2ème DCP en se 20 juin 1940.

La nuit du 18 au 19 juin 1940 :

            Le secteur du 4ème R.I., et plus particulièrement le second bataillon, rencontre certaines difficultés pour progresser. Les soldats polonais passent presque toute la nuit à déblayer le terrain du matériel de transport, des chevaux et des canons délaissés par les Français. Pour ce qui est des canons il y en a, en tout, 37 et de différents calibres ! A 4 heures le commandant du 45ème CA fait  une apparition à Trévillers, en compagnie du général Prugar. Il donne des ordres sur place et rétablit l’ordre. Entre autres, il se fait subordonner tous les détachements français désordonnés, se trouvant dans le secteur du 2ème bataillon et donne une autorisation écrite de fusiller les soldats français qui ne se soumettraient pas aux ordres.
            En fin de compte les avant postes sont déblayés et remis en ordre. Une batterie française réussi même à être formée équipée de 6 canons. Elle ne donne aucun profit. Au moment ou l’infanterie tire ses premiers coups de feu, la batterie déclenche une salve et prend la fuite. Tout le matériel d’artillerie et les tas de munitions dispersés dans la région de Trévillers appartiennent vraisemblablement à l’artillerie lourde du Corps qui avait pour mission de soutenir la défense de la 2ème DCP.
            La nuit du 19 au 18 juin est calme. Avant minuit, on ne signale que de menues escarmouches sur les avant-postes éloignés. Après minuit, le silence revient. L’absence d’un détachement de reconnaissance se fait cruellement ressentir.
            IL n’y a aucune traces de l’ennemi sur tout le trajet à partir du Doubs jusqu’au fort Lomont.

19 juin 1940 :

            A 7 heures 30, le poste se trouvant sur la route de Charquemont , ouvre le feu sur une colonne de blindés allemands en approche. Puis se cache dans le bois situé a proximité sans subir de perte. L’ennemi se constitue en groupe de combat et, avec le soutient de motocyclistes, prend la direction de Damprichard. Les canons anti-char ouvrent le feu sur les blindés à une distance d’environ 800 mètres au moment où ils apparaissent derrière une colline. 4 blindés et quelques side-cars sont détruits. Puis les Allemands disparaissent pour se mettre à couvert.
            Il n’y a aucun doute qu’après une telle expérience, l’ennemi décide de ne pas prendre à la légère la défense. 9 heures 45 il déclenche une attaque soutenu par un très fort feu d’artillerie et de mortiers. Ils soutiennent leur infanterie, en changeant très souvent de poste à demi-masqués.
            Voici comment le commandant Raczek, du 3ème bataillon du 4ème R.I. décrit dans son compte rendu les évènements : « L’attaque a un caractère violent et malgré les grandes pertes visibles elle se rapproche. Pour nous impressionner l’artillerie allemande lance des obus incendiaires. Plusieurs maisons brûlent. L’attaque est visiblement dirigée sur Damprichard, mais elle englobe aussi le village de Belfays sans le menacer directement.
            Les tirs de l’artillerie allemande tombent drus et bien à point, le feu meurtrier des mitrailleuses lourdes coupe l’air sans interruption, mais notre bataillon tient avec courage. L’ambiance parmi nos soldats est excellente- quasiment sportive. »
            Malgré les maisons en flamme, l’infanterie tient bon ses postes et tire de plus en plus calmement et juste, infligeant à l’ennemi de grandes pertes. Cela paraît tout simplement incroyable mais se sont tous de jeunes soldats dont, pour la plupart, c’est le baptême du feu.
            La batterie du 3ème bataillon du 2ème régiment d’artillerie légère, ouvre un feu ininterrompu sur l’ennemi, elle est efficacement soutenue le 1er bataillon et le 2ème bataillon du 202ème régiment d’artillerie lourde, frappant sans relâche l’infanterie allemande se préparant à l’attaque. La puissance de feu des deux cotés est très intense, mais celle de l’ennemi est supérieure. La cadence est tellement soutenue que vers 11 heures le chef de bataillon est obligé de demander un complément en munition.
            Vers 13 heures, les Allemands profitant de leur supériorité, arrivent à 300 mètres des positions tenues par les Polonais. Leur attaque se brise sous le feu de l’infanterie solidement installée. Les Allemands se replient rapidement laissant sur le terrain quelques dizaines de cadavres, puis le feu de leur artillerie faiblit.
            15 heures, l’artillerie allemande déchaîne un déluge d’obus sur les positions Polonaises, incendiant plusieurs maisons dans le village et les hameaux aux alentours. Chaque homme se tient prêt à subir un assaut conséquent, mais rien ne se produit.
            A la tombée de la nuit, le Chef de bataillon, profite de l’excellente ambiance régnant parmi les soldats, pour préparer une sortie sur les postes d’artillerie ennemie afin d’y causer d’autres pertes. Cette sortie n’aura pas lieu à cause de l’ordre de se replier. Les pertes du bataillon se soldent par 5 tués, 19 blessés et 7 disparus.

Combat de Trevillers :

            Au cours du combat contre Damprichard, une nouvelle lutte s’engage sur l’aile du nord du secteur du 4ème régiment d’infanterie. A 11 heures, l’ennemi repousse le poste de Thiebouans et occupe le Hameau, ainsi que les  bois se trouvant au nord et au sud-est.
            Vers 13 heures, l’infanterie allemande attaque Trévillers et le bois du Mont. La liaison téléphonique avec le régiment est coupée. La batterie d’artillerie française de soutient tire quelques salves et prend la fuite. Le Chef de bataillon exige du commandement un soutient d’artillerie. Hélas, l’absence d’observateur d’artillerie dans le secteur du bataillon et le manque de liaison téléphonique ne permettent pas des tirs efficaces.
            Vers 15 heures, l’attaque ennemie est de plus en plus violente. Les allemands font entrer en action des chars afin de permettre le passage de l’infanterie, qui jusque là était bloquée par une défense efficace. Les chars se rapprochent par le bois. La compagnie tenant cette position ne dispose pas d’armes anti-char. Les chars ouvre le feu sur les fantassins, mais il sont vite stoppés, grâce a l’action courageuse de la patrouille du commandant Karas, qui  s’approche à une distance de 30 mètres des monstre d’acier, et réussit à les incendier par les fentes de tir. Les équipages sont contrains de quitté leurs engins et de fuir sous le feu nourri des Polonais.  
            L’attaque allemande est soutenue par un violent feu d’artillerie, qui vers 16 heures, provoque à Trévillers de nombreux incendies. Malgré la supériorité de l’ennemi, le bataillon repousse vaillamment les attaques consécutives, ne permettant pas aux allemands de gagner du terrain. La bataille dure sans interruption jusqu’à la tombée de la nuit. L’ennemi subit de lourdes pertes.
            Le bataillon ayant réussit à tenir toutes ses positions, il ne les quittera que sur ordre. Lors du combat de Trévillers les pertes du bataillon sont de 1 mort et 14 blessés. La 7ème compagnie du 400ème bataillon de pionniers Français sous les ordres du capitaine Albert Michaux pris part à la défense aux cotés des Polonais.

Combat de Saint Hippolyte
6ème régiment d’infanterie

            Le commandement Polonais avait jugé bon de tenir St Hippolyte, en raison de son croisement de routes, et d’en faire un poste de résistance avancée. Il est constitué de deux sections d’infanterie, sous le commandement du sous-lieutenant Baci, ainsi que trois canons du 5ème bataillon du 2ème régiment d’artillerie légère et un peloton équipé de canon de 47 mm anti-char. Les soldats ont reçu la mission de tenir jusqu'à 12 heures, puis, de décrocher sur les positions du 2ème bataillon du 6ème régiment d’infanterie au sud de Soulce.
            Vers 1 heure, motocyclistes, véhicules et infanterie ennemie apparaissent sur les monts situés au nord de St Hippolyte. Ce détachement se heurte à la défense nord du village, les combats s’engagent. Comme les défenseurs tiennent bon, les Allemands cherchent à contourner St Hippolyte par l’est, par l’axe Chamesol – Montandon, en traversant le Doubs à l’endroit où il est le moins profond. Les Polonais ayant compris la manœuvre, décident de faire sauter le pont de Soulce et d’ouvrir les vannes du barrage de Vauffrey.  En une heure le niveau d’eau monte de 40 centimètres, ce qui précipite le courant à tel point que le Doubs ne peut être franchit. L’ennemi se contente d’échanger des coups de feu depuis sa position.
            11heures 30, l’ennemi apparaît au sud de St Hippolyte. Rapidement les combats s’engagent avec les défenseurs de la localité. De l’infanterie et des chars prennent d’assaut le village.  Le canon de 75 mm du sous lieutenant Prokop et le peloton anti-char de l’aspirant Starkiewicz, disposés dans cette direction, détruit rapidement 7 blindés, les obligeant à ce replier. Mais l’infanterie tient bon grâce à un soutient d’artillerie efficace qui bombarde toute la localité. Les tirs sont d’une grande précision et vont droit au but, si bien que la défense anti-char et le canon de 75 sont détruits. Les artilleurs continuent à se battre jusqu’au bout, au côté de la section Wojnar, parfois même au corps à corps. Il est 12 heures 30. Malgré les pertes, les défenseurs de St Hippolyte se battent dans les décombres des maisons, tenant front aux Allemands qui ont une supériorité écrasante. Par peur d’être encerclés et devant le puissant feu d’artillerie, les soldats Polonais se replient par petits groupes en évacuant avec eux tous leurs blessés. La mission est remplie. Les Allemands entre avec prudence dans St Hippolyte. 
            Quelque temps après, le commandant du régiment, constatant que St Hippolyte est occupé par un fort détachement motorisé ennemi, ordonne de centraliser les tirs d’artillerie (75mm et 155mm) tout d’abord sur St Hippolyte, ensuite sur Montandon. Cette action eut son effet et les pertes de l’ennemi ont certainement été importantes. Jusqu’à la fin de la journée les Allemands n’ont pas osé reprendre leur progression. Ceci était dû, en partie aussi, a un orage qui a duré quelques heures et qui à 15 heures est devenu si fort, qu’a part les chaussées, toutes les routes étaient impraticables.
            Vers 15 heures, les sapeurs détruisent le barrage et la centrale hydraulique sur le Doubs, entre Soulce et Vaufrey. La dernière attaque allemande a lieu, vers 17 heures, sur l’extrémité de l’aile nord de la défense, dans le secteur de Monjoie. Cette attaque ne donne rien car le 3ème bataillon du 6ème régiment d’infanterie tient ses positions.
            A la tombée de la nuit, la situation sur le front se présente de la manière suivante : la position de résistance principale reste intacte sur tous les postes ; toutes les attaques de l’ennemi ont été repoussées avec de grandes pertes pour ce dernier. Les pertes générales allemandes, aux cours des combats du 18 et 19 juin, étaient très élevées, aussi bien en ce qui concerne les blessés et les tués. De plus, l’ennemi à subit de grandes pertes en matériel : une quinzaine de blindés, plusieurs canons et motos.
            Il est évident que les attaques subies sur le front tenu par la 2ème DCP, n’avaient pas le caractère d’attaques préparatoires pour briser les positions à tout prix. Elles furent effectuées par une multitude de fortes attaques, dirions-nous de reconnaissance, cherchant le point faible de la défense par lequel les soldats allemands auraient pu s’infiltrer à l’intérieur de la position et jeter le gros de leurs forces. La preuve, la manière dont ont été effectuées les attaques : elles étaient rapides, avec une grande force de frappe. Mais face à une résistance décidée, l’ennemi renonce à poursuivre ses efforts sur le point donné. C’était donc un combat préliminaire typique des unités motorisées de Guderian. Il fallait s’attendre que le jour suivant aie lieu une attaque méthodique et régulière sur un fragment du front bien précis. Mais la 2ème DCP s’était repliée avant que cela ne ce produise. De toute façon, ce n’était pas sa mission, elle avait pour but de retarder l’avance allemande puis de gagner le territoire Helvétique. Cette unité n’avait, ni les moyens humains ni les moyens matériels, pour lutter contre deux divisions blindées et une division motorisée d’infanterie allemandes.
            La 2ème Division Polonaise de Chasseur à Pied ne fut pas capturée par l’ennemi et passa la frontière Suisse les 19 et 20 juin 1940,  en unités constituées et sans armes.


Soldats de la 2ème DCP durant leur internement en Suisse

 

Revue des troupes Polonaises par les autorités Helvétiques et Polonaises

 

Carte d’interné, délivrée par le gouvernement Suisse au soldat polonais Jan Stalmach de la 2ème DCP

 
 
     
     
Dernière mise à jour du site le : 6 janvier 2016 par Israël LORENTE