Le secteur fortifié du Jura N°1
Cet article a été rédigé par Cédric GAULARD

     
 

Le projet Ligne Maginot désigne aussi la Suisse comme couloir d'invasion potentiel. Cette hypothèse devient surtout valable en cas d'attaque conjointe de la part de l'Allemagne et de l'Italie.

En comparaison de l'option "Belgique", l'option "Suisse" est stratégiquement une faible valeur. Considéré par la Commission d’Organisation des régions fortifiées comme une zone secondaire, le secteur fortifié Jura se compose en grande partie des vieux ouvrages érigés à la fin du XIXe siècle sous l’égide de Séré de Rivières et de quelques blocs construits de 1938 à 1940.

Cette situation explique pourquoi le secteur fortifié du Jura est le parent pauvre de la stratégie de la Ligne Maginot. On se contente d'ériger quelques ouvrages de faible valeur sur les principales pénétrantes, principalement dans les régions de Morteau et de Pontarlier.

Le Secteur Fortifié du Jura est une ligne de défense, qui s’étant sur 180 kilomètres situé entre le Secteur Fortifié de Montbéliard et le Secteur Défensif du Rhône, à laquelle incombe l’interdiction des principales voies d’accès venant de Suisse et accédant au territoire français. Sa limite au Nord est le Doubs de Sainte Ursanne à Saint Hyppolite et au Sud par la route Saint Cergues-Fort des Rousses. Elle dispose des moyens Suivant :

        - 1er Bataillon du 406ème Régiment de Pionniers,
        - 2ème groupe du 170ème RAP,
        - 1er et 2ème compagnie du 213ème Régiment de Génie,
        - une compagnie du Bataillon d’Instruction du Génie 287, occupant le Fort des Rousses et la Cluse de Morez,
        - 9ème Compagnie de la 20ème Légion de la GRM (gendarmerie),
        - la Compagnie Auto 664,
        - cinq compagnies muletières, pour assurer le ravitaillement du secteur.

Le Secteur Fortifié ne dispose donc d’aucun élément d’infanterie. Ses deux demi brigades lui ont été retirée récemment par la 8ème Armée. La 1er Demi Brigade de Chasseurs Pyrénéens le 9 juin pour l’organisation et la défense des Cols des Vosges et la 4ème Demi Brigade d’Infanterie Légère le 10 juin portée dans la région Sud Est de Belfort.

A la date du 13 juin 1940, le Secteur Fortifié du Jura est placé sous le commandement de la 8ème Armée.

Le 14 juin il est rattaché au commandement du 45ème CA et reçoit quelques moyens supplémentaires :

        - le 23ème Bataillon d’Infanterie Légère,
        - des escadrons motos et de mitrailleuses des 23ème GRCA et 56ème GRDI,
        - un détachement de six chars FT 17 du Dépôt du 506 RCC,
        - une section de canon de 75 du dépôt d’Artillerie N°7,
        - quatre compagnie des Dépôts N°73 et N°74 ;

Avec pour mission d’interdire les principaux passages du Jura, dans la limite de la zone d’action du secteur, à un ennemi ayant violé la neutralité Suisse.

Les fortifications du secteur du Jura-Sud

Au sud de Pontarlier, la défense de la frontière le long de la Suisse repose sur une organisation particulièrement légère :
Les accès sud de Pontarlier sont verrouillés par une position particulière qui s’appuie sur un passage étroit, la cluse de Joux et Mijoux barré par deux ouvrages en surplomb, le fort de Joux, ouvrage ancien plusieurs fois modifié et le fort du Larmont inférieur (fort Mahler). Ces deux ouvrages accrochés à la roche présentent une forme adaptée au terrain. En surplomb de cette position et agissant sur tout le plateau et les vallées avoisinantes, se trouve le fort du Larmont supérieur (fort Catinat) dont la forme est plus classique. En 1939, la position a été renforcée par quelques blockhaus érigés le long des routes venant de la frontière : on en trouve notamment deux sur la route venant des Verrières de Joux et sur la route en venant de Ste-Croix. Quelques tourelles démontables (Granges Boutheau, Grand Taureau) complètent le dispositif.

Le fort de Joux

Il s’agit au départ d’un château construit au moyen âge. L’établissement d’enceintes successives va le transformer en fort, la quatrième enceinte étant l’œuvre de Vauban et la cinquième, réalisée en 1879, d’un jeune capitaine nommé Foch. L’ouvrage adapté au relief présente une forme très irrégulière et il vaut essentiellement par deux casemates cuirassées de type « Mougin » pour un matériel de 155 L mle 77 R.

En 1940, l’ouvrage est occupé par l’état-major et une compagnie du 23e BILA (commandant Lalle) qui dispose de huit mortiers de 81 mm et de nombreuses mitrailleuses ou FM ainsi que par deux sections du II/170e RAP disposant de deux canons de 155 L mle 77 sous casemattes cuirassées, de quatre 155 C mle 17 auxquels s’ajoute deux canons de 47 de marine et quatre mortiers de tranchée de 75 mm.

Le fort du Larmont inférieur (fort Mahler).


Ce fort résulte de la transformation en 1877, suite à une explosion, d’un fortin construit entre 1846 et 1851 (le fort neuf). Il est renforcé en 1891 par une couche de béton et le percement de galerie sous roc pour abriter la garnison et la citerne à eau. En 1940, il est occupé par une section du 23e BIL.

Entre les deux forts, le fond de la cluse proprement dite est défendu par une compagnie du 23e BIL renforcé par deux sections d’une compagnie de renfort (capitaine Lantz) provenant de Lons-le-Saunier.

Le fort du Larmont supérieur (fort Catinat).


Ce fort chargé de verrouiller toutes les vallées convergeant vers Pontarlier est construit de 1877 à 1883 et se présente sous la forme d’un polygone irrégulier avec traverses de tir et casemates et casernes en maçonnerie. En 1891, l’ouvrage est renforcé par le creusement d’abri sous roc (hommes et munitions) et l’adjonction d’une batterie extérieur à l’ouest de l’ouvrage, dotée elle aussi d’abri sous roc. En juin 1940, il est servi par une compagnie du 23e BILA et deux sections du II/170e RAP (deux vieux mortiers de 75 de tranchée) auxquels se son jointes deux sections de renforcement du dépôt d’infanterie (Lieutenant Cointot) et l’état-major de la 4e compagnie du 10e bataillon de douaniers. Cette garnison hétéroclite sous les ordres du commandant Davouze, chef de l’état-major de la 4e demi-brigade d’infanterie légère d’Afrique, compte environ 235 hommes qui disposent comme armement collectif, de deux mortiers de 81 et de quatre mitrailleuses Hotchkiss dont l’une installée dans une tourelle démontable implantée sur les dessus de la traverse XII, sur le front ouest de l’ouvrage.

A partir de 1938, les routes venant de la frontière sont couvertes par une série de blocs s’apparentant aux petits blocs de la fortification du nord. On trouve notamment des blocs de type N 1f tirant dans l’axe de la route, quelques blocs plus importants à deux créneaux parallèles (pour une mitrailleuse et un canon anti-chars) et des tourelles démontables. En 1939-1940, un tronçon de la ligne CEZF (Commission d’exploitation des zones fortifiées) est commencé près de Remoray mais se limite à trois grosses casemates type M.O.M. totalement inachevées de part et d’autre de Remoray.
A partir du 16 juin1940, le secteur fortifié contribue à retarder l’avance par l’Ouest des troupes ennemies qui permet le passage du 45ème CA en Suisse, environ 42 000 hommes.

 
     
 

 

Photos de la casemate M.O.M. de Mont de Laval

 

Entrée du fort du Larmont supérieur (Fort Catinat)

 
 
     
     
Dernière mise à jour du site le : 6 janvier 2016 par Israël LORENTE