Le 220ème Régiment d’Infanterie dans la campagne de 1939-1940.
Cet article a été rédigé par Cédric GAULARD

     
 

Le 220ème Régiment d’infanterie est créé au tout début de l’année 1939, à Pamiers (ville située dans l’Ariège). Sa formation et sa prise en charge sont assurées par le Centre Mobilisateur 178, aux ordres du Lieutenant-Colonel Myquel, officier retraité ayant repris du service au sein de la 67ème Division d’Infanterie.

Le 1er bataillon du 220ème RI est aux ordres du chef de bataillon Capdebon. Le bataillon est composé d’environ 600 hommes et d’un état-major réduit avec de maigres services. Le bataillon possède peu de véhicules, récupérés à la hâte, de-ci de-là, et dispose d’un équipement vieux de 20 ans, datant de 14-18.

Début septembre 1939, le 1er bataillon du 220ème RI éclate sur le territoire de Villeneuse du Pareage, à quelques kilomètres de Pamiers. Il y achève sa mise en place et amorce une instruction militaire. Celle-ci est réduite à l’école de section et à l’exécution de quelques tirs d’entraînement, qui donnent lieu à des marches diurnes. Tout cela n’est pas très sérieux. Il convient de retenir que le bataillon ne connaît pas le moindre entraînement militaire durant les 9 mois qui suivront. Seuls 4 ou 5 officiers et une dizaine de sous-officiers pratiqueront quelques stages au camp du Valdahon.

Ce qui préoccupe le plus les hommes et cela est bien compréhensible, c’est l’entreprise fermée, le bureau vide, la ferme laissée à l’épouse ainsi que la boutique et le manque d’argent. Et puis ce qui démoralise les troupes par-dessus tout, ce sont les balais incessants des familles qui rendent visite à leurs proches dans les cantonnements. On en voit même, y compris des femmes d’officiers s’installer dans les villages aux alentours, prolongeant leurs vacances. Ou alors, ce sont les hommes qui repartent chez eux pour quelques heures régler certains problèmes. Si bien qu’à l’heure du rassemblement, surprise, il manque jusqu'à 25% des effectifs.

Ces errements vont cependant se poursuivre, encore qu’atténués durant la première quinzaine d’octobre en Haute-Garonne. (Ce n’est que bien plus tard que l’on apprendra que le 67ème DI aurait en vocation, avec les bataillons de chasseurs Pyrénéens, à se placer en couverture face à une Espagne hostile. Mais les unités sont maintenues prudemment très éloignées de la frontière.)

Le 17 octobre, le 1er bataillon du 220ème RI embarque à la gare de Reynal (Toulouse), pour une destination inconnue. Crainte et paradoxe ! Soulagement ! Une page est tournée.

Le 19 octobre, débarquement à Beaucourt (90). Stationnement d’une semaine à Charmois (90) en l’attente de prise de créneau dans le dispositif de l’armée d’Alsace. Le 28, sous une neige précoce, le 1er bataillon du 220ème RI quitte le régiment et prend la route pour se mettre à la disposition du S.F. de l’ILL (Sundgau) et s’installe dans un petit village de Haute-Alsace où l’hiver ne le quitte plus. Il y fait jusqu’à -15°C,-20°C en janvier. La Suisse n’est pas très loin et il arrive que depuis leurs postes, les guetteurs aperçoivent, dans la nuit, Bâle qui brille de mille feux.

Devenu bataillon d’intervalle du 12 R.I.F., l’unité se transforme en bataillon de pionniers. Dans la zone non fortifiée depuis les traités de 1815, on aménage des positions de campagne. Tranchées, clayonnées, abattis et abris en rondins pour armes automatiques, réseau épais de barbelés, etc… Dur travail par ces froids terribles. C’est à la cognée qu’il faut décaper le sol gelé. S’ils sont bien encadrés, les hommes ne rechignent pas, mais il y a ici et là quelques faiblesses. Il faut comprendre que ces travaux leur seront un jour peut-être de quelque utilité. A la nuit dans les cantonnements, c'est autour d'une partie de carte, ou d’un verre de vin rouge que les hommes se retrouvent. Ces hommes sont partis pour se battre, ils prennent l’habitude de ce rythme de travail qui leur rappelle celui du « civil » et ne subissent ni survols aériens, ni canonnades.

Le 11 novembre, alerte générale, le bataillon se porte de nuit sur ses positions. On craint une attaque allemande par la Suisse. Fausse alerte.
En décembre, début des permissions. Cela redonne du tonus aux soldats. En janvier, le verglas interdit toute utilisation de véhicules. Les ravitaillements, le courrier, les liaisons se font en traîneaux, chevaux ferrés à glace pendant quinze jours.

Courant février, le bataillon est remis à la disposition du régiment dont le colonel d’active Wach a pris le commandement.
L’état-major, la première compagnie et la seconde cantonnent à Bartenheim (68), la 3ème compagnie à Binckheim. Précisons, que durant toute la campagne, la troupe manquera d’information. La censure réduit à 2 ou 3, les journaux agréés (Petit parisien, Paris soir). La radio est inconnue. Un seul poste à la popote du commandement. La politique est en principe absente des conversations. Sous l’uniforme, les clivages partisans ne sont plus de mise. Cette drôle de guerre qui va se poursuivre encore quelques mois semble arranger presque tout le monde, à part quelques jeunes officiers. Le commandement semble être sans illusions. 

Pour la première fois, le 1er bataillon du 220ème RI s’insère dans le dispositif de défense du Rhin. Il tient la L.P.R. sur la circulaire à hauteur de Bartenheim, sur la route Mulhouse-Bâle. Devant lui, vers Chaussée-Roseneau, le 2ème bataillon du 220ème RI tient les A.P.(casemate et cuvage de berges) en arrière sur la falaise, position de 57 RAD, PC du 220ème RI : Kappelen à sa droite, à Blotzeim, le 3ème bataillon du 220ème RI.

Entre Rhin et RN66, le bataillon a devant lui les franges Sud Est de la forêt de la Harth-Sud. Il se trouve directement sous la menace d’imposante forteresse d’ Istein.
A la grande surprise de tous les hommes, il ne se passa rien avant juin 1940. Sur le Rhin, interdiction d’ouvrir le feu sans ordre de la 67ème D.I.. L’ennemi se comporte de même, ne faisant donner que ses haut-parleurs de propagande. Voilà donc encore le bataillon « pionniers » car la protection est loin d’être achevée.

Le 10 mai ne change rien à la situation. Des dizaines d’escadrilles ont survolé les positions, filant loin à l’ouest. L’artillerie reste muette de part et d’autre, comme l’infanterie. Pas d’aviation, les troupes vont seulement quitter la quiétude des cantonnements pour occuper en permanence leurs positions de combat inachevées. A la mi-mai, l’arrivée des aspirants permet de régler la question de l’encadrement de sections. Ces jeunes officiers ne disposent que de quelques semaines pour s’imposer après la délicate transmission de commandement par les S/Off redevenus adjoints.

L’évolution tragique des événements, très mal comprise de tous les combattants, fait bien vite l’objet de commentaires. Pour beaucoup, la guerre est perdue. Pour beaucoup la question est : « mais pourquoi restons nous hors du camp. »
Le 26 mai, le bataillon est relevé sans que ne soient saisis les motifs. Il se porte en réserve dans la région de Ballesdorf-Wolfersdorf (68). La ligne du Rhin n’est plus tenue que par des éléments réduits.

C’est alors que vont commencer les pérégrinations de juin 40. Durant une bonne semaine, le bataillon installé en zone habitée à l’impression d’être en manœuvres au cœur de l’opulente plaine d’Alsace. Petits travaux de défense dont on ne saisit pas bien la signification (barricades, fossés, antichars, etc. …) et bombardements aériens sur le viaduc de Dannemarie. Ailleurs le front français craque de toutes parts.

Le 9 juin, le bataillon est en état d’alerte et fait mouvement dans les bois. Du 9 au 14 juin, le 1er bataillon se déplace de nombreuses fois le long du Rhin, jusqu'à ce qu’il arrive le 14 à Farevois (proche de Delles) dans la région de Belfort. A cette époque-là, le groupe d’armées du Nord/Est (dont la 8ème armée) reçoit l’ordre général de retraite.

Le 15 juin, la 7ème armée allemande franchit le Rhin, fonçant notamment sur Mulhouse. Le 1er bataillon reçoit l’ordre de se porter sur Héricourt face à l’Ouest. 

Le 16 juin passage à Sochaux. Des centaines de véhicules sortant des chaînes de montage Peugeot filent plein Sud.

Epuisé le 1er bataillon ne saurait atteindre Héricourt sans quelque repos. Mais contre ordre, il faut se porter immédiatement sur Montbéliard, en proie à la panique, se défendre face au sud-ouest. Mais où est donc l’ennemi ?

Les intentions de la 67ème D.I. sont encore inconnues. Il faut défendre le passage en Suisse pour permettre à la majeure partie de la division de passer la frontière. Le même jour à 13h, ordre de départ est donné : plein Sud par la vallée du Doubs. Le bataillon reçoit la 3ème batterie de 75 du 57ème R.A. en appui. La chaleur est étouffante mais les hommes ont pris le rythme. Des chariots sont réquisitionnés pour alléger les troupes. Dès la sortie de Montbéliard, la panique s’amplifie. Deux trains d’A.L.V.F.L. sont bloqués sur les voies, les artilleurs ont fui. La colonne essuie quelques brefs mitraillages par deux « SAVOIA » (avion de chasse allemand). Pris à partie par la défense anti-aérienne, ils s’éloignent, l’ennemi est signalé à 1km. Ce qu’ignore le commandement du bataillon, c’est qu’à ce moment même le Général Laure de la 8ème Armée a donné l’ordre, hélas tardif, au 45ème corps d’armée du Général Daille (67ème D.I., 2ème Division de chasseurs Polonais, 2ème Brigade de Spahis) de foncer plein Sud pour tenter d’échapper à l’encerclement. En effet l’ennemi se manifeste vers Vesoul, Gray, Besançon, Mulhouse. Arrivé à l’Isle sur le Doubs dans la soirée du 16 le bataillon repart aussitôt.

Le 17 juin, civils et militaires débandés encombrent la route Belfort Besançon vers Baume les Dames. Une vingtaine de trains dont deux blindés sont à l’abandon. Des armes, équipements et matériels divers jonchent les fossés, mais le 1er bataillon reste en ordre et réussit à récupérer deux chenillettes abandonnées. Psychose de la 5°colonne. A 14h00 il quitte le Doubs à Pont les Moulins, direction le plateau, pour y installer le cantonnement dans le village d’Aïssey. On ignore à ce moment que, Besançon étant investi, le nouvel ordre donné à la 67ème D.I. est de s’infléchir vers le Sud-Est en direction de Pontarlier. Le Capitaine Vigneau a déclaré à ses officiers qu’on situe l’ennemi vers Gray.

 
     
Dernière mise à jour du site le : 6 janvier 2016 par Israël LORENTE