Combats de Pierrefontaine-les-Varans
214ème RI, 57ème RA, 28ème BILA, 12ème RIF
Cet article a été rédigé par Cédric GAULARD

     
 

La 67°division d’infanterie en liaison au nord avec la division Polonaise doit participer à une attaque en direction du Sud-Ouest en vue de dégager Besançon, de franchir l’ognon et ultérieurement la Saône si les circonstances le permettent. Le 45°CA doit ouvrir la voie à l’armée d’Alsace afin de lui permettre de rejoindre le gros des forces françaises en retraite en direction de Langres Dijon.

La 67°DI constituera deux colonnes. Une colonne à droite et au nord composée des 211° et 214° RI en liaison avec la DI polonaise, et une seconde colonne à gauche et au sud composée du 220°RI. Le 214°RI est situé en deuxième échelon derrière le 211°RI. En exécution de cet ordre, les deuxième et troisième bataillons formés en colonne dans l’ordre, se trouvent le 16 juin à 15 heures sur la route Héricourt-Montbéliard. Ils sont soumis à des bombardements de l’aviation ennemie. Aucune perte n’est à déplorée.

En raison de l’embouteillage provoqué dans la ville par le passage de toute la division, ce n’est que vers 16 heures 30 que le régiment peut dépasser la sortie ouest de Montbéliard. Il s’engage alors sur l’itinéraire qui lui est assigné, derrière le 211°RI.
Vers 19 heures, entre Bars et Ste Marie, l’offensive en direction de l’Ognon est abandonnée, le régiment reçoit l’ordre de franchir le Doubs avant l’aube à Lisle-sur-le-Doubs, et de poursuivre sa marche sur l’itinéraire Glainans Chazot.

Après une marche de nuit très pénible, la majeure partie du régiment franchit le Doubs à l’endroit prévu le 17 juin à 5 heures. Il y a trois nuits que les hommes n’ont pas dormi et depuis le 15 en début de soirée marchent sans repos, de jour comme de nuit. Hommes et cadres sont exténués.
Après le franchissement du Doubs, une halte de 3 heures est effectuée au nord de Glainans. C’est à ce moment-là que le détachement reçoit l’ordre de prendre position en fin de journée sur le secteur Pierrefontaine-les-Varans Germéfontaine. Le détachement repart dans la formation initiale, second bataillon en avant garde suivit du troisième bataillon et du détachement du 57°RA. La marche effectuée dans un terrain accidenté est très lente, les hommes sont très fatigués malgré les mesures prises pour les alléger.

Au cours de la traversée du village de Chazot, la demande d’armistice du maréchal Pétain est entendue par la troupe au moyen de la TSF. Le bruit s’en est répandu aussitôt, rapidement colporté par la population civile, et remplissant tout le monde de stupeur et de consternation. On était à cette époque-là sans nouvelle de la situation militaire depuis le 10 juin.

Le second bataillon du 214°RI arrive dans la nuit du 17 vers 23 heures au nord de Pierrefontaine-les-Varans, encore occupé par d’autres troupes de l’armée française. Le bataillon stationnera à environ 3 km au nord de la localité. Le second bataillon du 57°RA s’arrête au niveau du carrefour « le Belue » à 5 kilomètres au nord-ouest de la localité. Le dispositif s’organisa ainsi que le bivouac, le second bataillon s’installe au sud et le troisième bataillon au nord-ouest. Le PC quant à lui s’installe au carrefour « le Belue ».

La nuit se passe dans le calme le plus absolu, troupes et cadres peuvent enfin se reposer. La troupe est composée de réservistes pas suffisamment aguerris, ayant parcouru, 120 km en 50 heures. D’ailleurs de nombreux trainards rejoindront leurs unités dans la deuxième partie de la nuit.

Le 18 juin 1940, 6 heures du matin, le Lieutenant-colonel Genet, Chef de Corps du 214°RI, ordonne à son 2ème bataillon commandé par le Chef de Bataillon Piard d’occuper et de défendre le village de Pierrefontaine-les-Varans.

Le bataillon est renforcé de la compagnie régimentaire du 214°RI, d’une batterie du 57°RA et d’une compagnie du 28°BILA. Aux ordres du Chef de Bataillon Lique et de 6 canons antichars du 12 RIF (Lieutenant Boilloux) : la 5ème compagnie tient la partie Ouest ; la 6ème compagnie tient la partie Sud ; la 7ème compagnie, la partie Nord ; le 28°BILA, la partie Nord-est. Les 6 canons antichars sont placés aux extrémités du village tenant les débouchés. Des barrages sont organisés à toutes les issues à l’aide de véhicules, d’engins agricoles, des autocars du 2° BILA, et de divers matériaux trouvés sur place.

« Les joyeux ».
Le 28°BILA. « Bataillon d’Infanterie Légère d’Afrique », plus communément appelés « bat d’af », faisait partie lui aussi des régiments de série B. Le bataillon à été formé le 2 septembre 1939 dans la XVII Région militaire, c’est à dire le sud-ouest de la France par les centres mobilisateurs de Toulouse, Agen, Cahors, Marmande, Pamiers, Foix et St Gaudens avec des hommes mobilisés ayant un casier judiciaire ; ils étaient encadrés principalement par des gardes mobile et avaient entre 28 et 35 ans. Cette unité faisait partie de la 67°DI et était donc un bataillon de réserve.

Ces « bat d’af » relayaient les compagnies de discipline et les ateliers de condamnés, et comme eux ils étaient formés de fortes têtes. Ensuite, ils accueillirent les repris de justices. Les officiers et sous-officiers étaient volontaires.

Trois bataillons sur cinq qui furent créés avant la seconde guerre mondiale, le furent en 1832 et 1833, donc peu de temps après la conquête de l’Algérie, les deux autres en 1889. Ils furent tous dissous, sauf un. Le premier BILA qui existait encore au début de l’année 1939. En septembre 1939, à la déclaration de guerre huit autres bataillons furent mis sur pied, portant tous des numéros entre 11 et 28. Ils furent dissous tous les neufs lors de l’armistice de juin 1940. Deux d’entre eux furent reformé en 1945, avec les anciens collaborateurs condamnés à la libération et combattirent en Indochine, un troisième fut formé en 1951 et fit du maintien de l’ordre en Afrique du nord, avant d’être dissous à son tour.

Ces soldats d’un genre tout à fait hors du commun ont participés à toutes les guerres coloniales, Algérie, Maroc, Dahomey, Mexique, Chine, Cochinchine, Formose, Japon et à tous les grands conflits 1870, 1914, 1939. Ils s’y distinguèrent et les plus hautes décorations leurs furent attribués ; ces chasseurs légers appelés aussi « bataillonnaires », « joyeux », « zéphyrs » eurent en Franche Comté une attitude très courageuse, les pertes subis en témoignes.

Les bataillons d’Afrique avaient une devise caractéristique pour chacun d’eux. Celle du 28°BILA était : « Le passé est mort, l’avenir est à nous. » La suite leur donna raison puisque eut égard à leur résistance acharnée à Pierrefontaine-les-Varans, le chef de bataillon Piard commandant la défense du village demanda à ce que les survivants du 28°BILA fussent réhabilités.

C’est le 15 décembre 1939 que le 28°BILA arrive en Franche Comté et passe sous les ordres du corps d’armée du Jura dont le PC est à Avoudrey, dans l’école des filles ou l’on a chassé les élèves. C’est certainement à ce moment que les Valdahonnais font connaissance avec les « joyeux ». Certain démastiquent les carreaux d’un café pour y pénétrer et le dévaliser, une locomotive est volée en gare du Valdahon et quelques bataillonnaires se paient un voyage jusqu'à Besançon. Mais le 15 mai 1940, les choses deviennent sérieuses, le bataillon fait mouvement sur Maîche ou le PC y est alors installé. Le 15 juin, il fait mouvement sur Clerval pour y organiser la défense du Doubs. Le 16 juin la situation a changé. Une compagnie quitte Clerval pour s’installer de nouveau à Avoudrey afin de barrer la route de Besançon. Valdahon tombe ce jour-là ; le 17 juin la totalité du 28°BILA reflue sur Pierrefontaine-les-Varans et y prend position.

18 juin 1940 : les combats de Pierrefontaine-les-Varans.
A 10 heures 30, la défense de la localité est complètement terminée. Les troupes commencent alors à installer leurs positions individuelles de combat.
C’est alors qu’à 11 heures 30 un motocycliste français fait son apparition dans la localité avec un ordre venant de la division. L’ordre demande au commandant Piard de se replier sur le Luhier en empruntant la vallée du Dessoubre. Piard exécute l’ordre et le décrochage des premiers éléments s’effectue à 13 heures, avec le groupe de motocycliste régimentaire. Le 28°BILA commence à manœuvrer par ces propres moyens sur Laviron en utilisant la sortie nord de la localité. Une demi-heure maximum est donnée à chaque unité pour effectuer son mouvement.

L’opération débute de façon normale, sans embouteillage et sans précipitation, dans le plus grand ordre avec célérité, jusqu'à 14 heures. La compagnie de commandement est rassemblée et prend toutes les dispositions pour commencer son replis lorsque brusquement, la situation n’est plus la même.

A 14 heures, des bruits de moteurs assez sourd d’abord et semblant venir du sud, se firent entendre, puis se précisèrent. 10 minutes plus tard, le service de guet situé dans le clocher de l’église donne l’alerte au moyen d’un clairon. Une colonne motorisée ennemie, composée de deux side-car, d’une moto, de trois chars blindés, et d’une mitrailleuse de 20 mm sur plateforme, font leur apparition au carrefour situé à 200 mètres environ de l’entrée sud du bourg. Le détachement est immédiatement accueillit par le tir précis d’un canon de 25 mm et de nombreuses salves de mitrailleuses. Les trois éléments de tête sont aussitôt mis hors de combat, tandis que les blindés plus lourds cherchent à progresser par la partie ouest, dans la confusion la plus totale.

A partir de ce moment, il est certain que l’ennemi ne cessa d’amener par camion son infanterie portée, car la manœuvre d’encerclement du village par ces abords se précisa de façon singulière, puisque dès 15 heures le bourg est encerclé depuis la route de Laviron jusqu’au chemin vicinal allant de Pierrefontaine à la Bélue. Une contre-attaque énergique, menée par une section de la 5°compagnie parvint à refouler l’ennemi du chemin vicinal, et en fera de même jusqu'à 18 heures, contre toutes progression nouvelle de l’ennemi.

Dès 14 heures 30, les allemands n’ayant pu déboucher dans le village, commencent un violent tir d’artillerie sur la localité, prenant pour première cible le clocher de l’église, ce quoi il réussit puisque une demi-heure plus tard celui-ci vole en éclat et s’embrase aussitôt. Des tirs de mines sont également exécutés sur diverses positions et notamment sur la partie tenue par le 28°BILA et la compagnie de commandement. Des tirs qui infligent de lourdes pertes aux troupes françaises. L’assaillant occupant toutes les crêtes et possédant de nombreux observatoires, essaye sans y parvenir, de neutraliser les tirs d’armes automatiques qui lui génèrent de nombreux dommages. Les défenseurs du village répondent à l’ennemi et lui rendent avec usure coup sur coup.

Toutes les unités sont à leur place et bien encadrée. Les officiers et les gradés donnant à tous moment l’exemple d’énergie et de sang-froid contiennent victorieusement la poussé allemande malgré les fatigues inutiles causés par les marches des jours précédents. Malgré l’insomnie presque totale, le tempérament de chacun se révèle et il est réconfortant, pour le chef de bataillon de voir avec quel calme et parfois avec quel joie, gradés et hommes de troupe exécutent ponctuellement les ordres donnés et font courageusement leur devoir.

A 16 heures un char allemand, plus audacieux que les autres, et aperçut par le sous-lieutenant Galsomias de la 6°compagnie. Celui-ci avait réussi à s’infiltré devant la partie du terrain qu’occupait la 6°compagnie. L’officier fit ouvrir le feu sur lui à l’aide d’un fusil mitrailleur muni de balles perforantes et voyant le blindé en difficulté il se précipita sur lui accompagné de trois hommes et captura tout l’équipage dont un officier légèrement blessé à la tête. Les prisonniers furent immédiatement conduits devant le chef de bataillon.

Un peu plus tard, le sous-lieutenant Galsomias vit des allemands s’infiltrer à nouveau dans la partie du château au sud-ouest de Pierrefontaine. N’écoutant que son courage et accompagné d’une patrouille, il voulut nettoyer ce coin, et c’est au cours de cet assaut qu’il est tué d’une balle en plein cœur. « Ce fut une grosse perte pour la 6°compagnie, car le sous-lieutenant Galsomias était le modèle des officiers, fougueux, énergiques et courageux à l’excès. » (Citation du chef de bataillon Piard)
Le chef de bataillon, n’avait cessé d’attirer l’attention de son supérieur sur l’importance, que le régiment de chasseur hippo composé de voitures réquisitionnées et lesquelles sont chargées des munitions de toutes sorte puisse rejoindre le bataillon afin de le ravitailler le cas échéant et au jour dit. Ces munition sont restées fort en arrière sous les ordres d’un adjudant qui recevait ces ordres directs soit du chef de corps soit du commandant de la CHR auquel il est, inféodés.

Le 18 juin, jour du combat, vers 10 heures, le chef de bataillon demande en présence du lieutenant-colonel Genet, au lieutenant officier de tir du régiment, qui traverse Pierrefontaine, des munitions, et celui-ci répondit : « qu’il ne possédait aucune munition de quelques sorte que ce soit, et malgré les demandes réitérés, il ne pouvait en obtenir de la division. » Devant une pareil carence le chef de bataillon ne peut cacher au lt colonel sa stupeur, ni sans mécontentements.

En début d’après-midi le chef de bataillon envoya un motocycliste prévenir le commandant du 214°RI que les éléments n’ayant pu décrocher sont attaqués par l’ennemi à Pierrefontaine-les-Varans et qu’une contre-attaque immédiate de la compagnie partie en avant garde donnera des résultats certains. Cette demande reste sans réponse.

A 17 heures un compte rendu de situation est transmis au PC du régiment, porté par un motocycliste, empruntant la route de Laviron qui semble la plus propice à ce moment. Dans ce compte rendu il est précisé que les éléments restés à Pierrefontaine-les-Varans voient leurs munitions s’épuiser rapidement, mais qu’ils tiendront jusqu'à la dernière cartouche.

Dans le courant de l’après-midi, à 15 heures le capitaine Rivière du 28°BILA arrive dans le village pour prendre des ordres auprès du Commandant Lique. Celui-ci venant d’être légèrement blessé est soigné au poste de secours. Le Chef de Bataillon Piard en fit part au capitaine. Sur l’indication de ce dernier, qui lui dit qu’il avait à Laviron sa compagnie de disponible, Piard lui demanda s’il pouvait contre attaquer Pierrefontaine. Si cela était dans ses moyens, c’était la meilleure façon de prouver au commandant Lique l’intérêt qu’il semblait lui porter. Cet officier répondit, qu’il pouvait avoir l’assurance que dans une demi-heure la contre-attaque serait amorcée comme il venait de lui indiquer. Malgré tous ces efforts le capitaine qui fut chargé d’exécuter la mission ne put parvenir a déloger l’ennemi nombreux et solidement implanté et supérieurement armé. La communication entre eux et le second bataillon ne fut jamais établit. Ce n’est qu’à 20 heures 30 que les éléments de Pierrefontaine s’aperçurent qu’une ferme situé à l’Est de la route de Laviron flambait, sans en connaitre le motif. D’après les indications reçues depuis, cette ferme aurait été incendiée durant la contre-attaque.

En fin d’après-midi le Sous-lieutenant Malaval et ses hommes sont soumis à un violent tir d’artillerie, de mitrailleuse alors qu’il tenait au G.C 20 et sont obligés de se replier. Malgré des renforts de munitions et quelques hommes envoyés, sur les crêtes au Nord-Ouest du chemin vicinal de Pierrefontaine, Le Bélue, le S/lt Malaval fut tué à son poste quelques instants plus tard.
Depuis 19 heures, les défenseurs de Pierrefontaine qui se sont héroïquement battus, ne possèdent plus aucunes cartouches pour leurs armes. Le 28°BILA n’a plus de munitions pour ces armes automatiques et le chef de bataillon donne ses dernières réserves aux chenillettes de son unité pour continuer la lutte, quelques temps encore. Les obus de 25 mm sont tous épuisés, les munitions pour canons de 37 mm se terminent. Pas de grenades et aucun espoir d’être secouru et ravitaillé en cartouche. Cependant le feu de l’ennemi redouble de violence et ce fait de plus en plus précis et les pertes continuent à s’alourdir dans les rangs français.

A 21 heures 45, après avoir appelé auprès de lui tous les commandants d’unité et leur avoir exposé brièvement la situation, et devant l’impossibilité de continuer la lutte par faute de moyens matériels, le chef de bataillon Piard, donne l’ordre de cesser la lutte. A 22 heures le clairon répéta plusieurs fois la sonnerie du cessé le feu. Et ce n’est qu’après 23 heures, qu’un officier allemand, commandant l’artillerie divisionnaire motorisé, viendra se présenter au chef de bataillon Piard et accompagna celui-ci auprès d’un colonel allemand qui dicta les ordres de redditions à Piard.

Les armes et les équipements furent déposés devant la mairie et les troupes furent conduites dans un pré situé à 1500 mètres au sud du village. En revanche les médecins purent rester auprès des blessés afin de continuer à leurs prodiguer des soins. Alors que les plus graves seront évacués dans de brefs délais par une formation sanitaire, les 35 morts français furent inhumés par leurs camarades.

Mort de Mr Elie Normand Maire de La Sommette.
Dès le début de l’action, les allemands, ne manquèrent pas d’imagination en matière de ruse afin de déstabiliser leurs adversaires. C’est ainsi que le 18 juin, vers 16 heures, un civil, Mr Elie Normand, maire de La Sommette village voisin de Pierrefontaine fut désigné par les allemands pour se rendre avec un drapeau blanc auprès des troupes françaises et les inviter à la reddition : il fut placé sur un side-car, mais quand le véhicule se présenta à l’entée Sud-Ouest de Pierrefontaine un tireur l’abattit, le tuant net. Voici le récit de Madame Raymonde Phillippe fille de Monsieur Elie Normand, recueillit en 2010. Elle avait 20 ans en 1940.

C’était le 18 juin 1940, en début d’après-midi, nous avions déjà entendue au loin le bruit des combats probablement de Vercel ou de Villers-Chief, les allemands sont arrivés à La Sommette sommant les habitants de ne pas sortir de leur maison.

Vers 15 heures 30, un allemand très grand à l’allure d’un officier coiffé d’une casquette qui lui masquait la partie supérieur du visage, se présenta devant notre maison et demanda à parler à Mr le Maire. Mon père qui était devant la porte lui répondit qu’il était le Maire de La Sommette. L’allemand lui demanda d’aller trouver les défenseurs de Pierrefontaine et de leur demander de cesser le combat car la guerre était finie et l’armistice allait être signé. Mon père lui répondit qu’il n’avait aucune autorité sur les troupes combattant, d’autant plus qu’ils ne sont pas sur le territoire de sa commune, et que ceux-ci ne l’écouteront pas. C’est alors que l’allemand se mit en colère et sorti son pistolet pour obliger mon père à le suivre. Il se retourna vers ma mère et lui demanda une veste. Il fit quelques pas derrière l’allemand, puis se retourna, il nous regarda quelques secondes et s’en alla. C’était la dernière fois que je voyais mon père vivant.

L’officier le conduit au village, le fis monter à bord d’un side-car et lui tendit un drapeau blanc. Le véhicule démarra immédiatement et parti en direction de Pierrefontaine.

N’ayant plus de nouvelle de mon père, nous étions très inquiet, en fin d’après-midi, ma mère et moi sommes allés derrière notre maison ou la vue en direction de Pierrefontaine était dégager. C’est là que nous avons constaté plusieurs incendies dont celui clocher, puis nous avons regagné notre maison ou nous avons veillé toute la nuit.

Le lendemain matin, ma sœur ainée s’est rendu à l’église de notre village qui avait été transformé en hôpital de campagne par les allemands, afin d’essayer de retrouver mon père. Nous pensions qu’il avait été blessé. Malheureusement personne ne l’avait vu.

Nous avons encore passé une journée et une nuit dans l’inquiétude, petit à petit nos espoirs de le revoir vivant diminuaient.
Le 20 juin, vers 9 heures un camion est arrivé dans le village avec de nombreux civil et le corps de mon père. C’était un habitant de Pierrefontaine qui l’avait trouvé sans vie dans un talus à quelques mètres de l’entrée de la localité. Il avait été tué par un soldat français d’une balle dans le cou, alors qu’il portait une tenue civile et un drapeau blanc. 

L'église de Pierrefontaine les Varans 1940
 

Clocher de Pierrefontaine les Varans durant les combats.

 
 

Eglise de Pierrefontaine les Varans quelques mois après les combats.

 
 
     
Dernière mise à jour du site le : 6 janvier 2016 par Israël LORENTE